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Les haies bocagères, atouts clé pour les plantations et la biodiversité

Nathan Crouzet veut replanter deux kilomètres de haies bocagères à Cesson-Sévigné.
 
 
 
  • Nathan Crouzet organise une plantation de haies entre Noël et le nouveL an
 
  • Les haies servent de brise-vent, régulent la température, maitrisent le ruissellement de l’eau de pluie
 
  • Elles hébergent une grande biodiversité
 
 
 
 

Défenseur de la biodiversité, Nathan Crouzet veut replanter deux kilomètres de haies bocagères, détruites pendant le remembrement dans les années 70 à Cesson-Sévigné. Il vient de lancer un appel à bénévoles sur son compte Facebook en invitant tous ceux qui le souhaitent à une session « plantation » entre Noël et le nouvel an. En plus d’embellir la campagne, les haies possèdent de multiples avantages. Explications avec Yann Gouez, chargé de mission bocage et biodiversité. 

En cette matinée d’hiver, la rosée du matin recouvre encore les jeunes pousses de blé dans le lieu-dit de la Grande Frinière, à Cesson-Sévigné. D’un pas décidé, Nathan Crouzet, architecte de formation et fervent défenseur de la biodiversité, longe le champ que sa famille loue à un agriculteur. L’homme de 34 ans tient à nous montrer son œuvre : une haie bocagère longue de 500 mètres, qui borde le champ. 

Plantée l’année dernière, elle pousse « doucement mais sûrement », décrit-il. Au total, ce sont 1000 mètres de haies qui ont déjà été replantés autour sur un talus autour de la parcelle. Et ce, grâce à l’aide de bénévoles. Cette année, Nathan Crouzet souhaite donc réitérer l’expérience.

Des chênes, des merisiers, des châtaigniers... Nathan Crouzet veut planter une diversité d'essences.

« Les couteaux-suisses de la campagne »

Il y a un siècle, la région était recouverte de bocages. « Sur ce tronçon, il existait des haies. Mais elles ont toutes été détruites pendant le remembrement des années 70 », raconte-t-il. À l’époque, c’était une manière de libérer de l’espace pour les immenses cultures intensives. « L’enjeu était de nourrir la France avec une modernisation de l’agriculture. Les paysans ne savaient pas forcément que cela aurait un impact de tout raser ». 

Pourtant, les haies ne sont pas là par hasard. Érigées de la main de l’homme, « elles sont un trait d’union entre les activités agricoles et la biodiversité », résume Yann Gouez, chargé de mission bocage et biodiversité au Syndicat des eaux du bas Léon, expert sur le sujet. Leurs avantages sont multiples. « À tel point qu’on les surnomme souvent les couteaux-suisses de la campagne », glisse-t-il.

Vent, température, hydrologie… un concentré d’effets positifs sur le climat

D’abord, elles servent de brise-vent. « On estime qu’une haie abrite jusqu’à quinze fois sa hauteur ». Ensuite, elles tempèrent le climat de la zone autour desquelles elle sont situées. « On constate des variations jusqu’à 5°C d’écart entre deux zones similaires, avec et sans bocage », poursuit l’expert. Cela a un effet bénéfique contre les gelées tardives ou, à l’inverse, lors des fortes canicules, pour les agriculteurs. 

Les haies agissent également sur la qualité et la quantité d’eau retenue dans les sols après les précipitations, avec la notion de « rugosité du paysage ». Autrement dit, « plus un paysage est rugueux (dense avec des arbres de toutes formes, de plusieurs tailles, et de différentes variétés) moins l’eau de pluie ruisselle jusqu’aux rivières ». Elle s’infiltre ainsi plus facilement dans le sol. « Cela a un effet bénéfique sur la qualité des sols, mais ça permet surtout de prévenir les crues et les inondations », poursuit le spécialiste. Nathan Crouzet peut en témoigner. « Lors des tempêtes du mois d’octobre, les talus sur lesquels sont plantées ces deux haies ont stoppé l’eau », rapporte-t-il. 

Un refuge de biodiversité… et bien plus encore !

Mais avant toute chose, les haies sont un refuge de biodiversité. « C’est un espace de transition et de rencontre entre deux écosystèmes, le champ et la forêt, que l’on appelle un écotone », informe l’expert. On va donc y retrouver une biodiversité variée, avec des espèces qui vivent dans tous ces milieux. Et aussi étrange que cela puisse paraître, la biodiversité y est même plus riche que dans une forêt », renchérit Yann Gouez.

Pour compléter cette liste d’avantages (déjà bien complète), on peut citer entre autre « l’effet puits de carbone » grâce à la photosynthèse des plantes, ou encore l’énergie que la haie peut fournir avec la coupe du bois. À condition toutefois que la haie soit bien entretenue. Le technicien bocage plaide « pour une gestion durable« , reconnu par le label haies. De son côté, en plus de tous les intérêts énoncés qu’il confirme, Nathan Crouzet y voit un atout pour « la fertilité des sols, mais aussi une « protection contre les ravageurs ». En résumé, « c’est tout sauf de la décoration », martèle Nathan Crouzet. Tout sauf de la décoration… et pourtant, c’est bien pour sa beauté que le patrimoine bocager, typique de l’ouest, est plébiscité par les touristes. « À qui il ne viendrait pas à l’idée d’aller se balader dans la Beauce », plaisante Yann Gouez.

« La biodiversité d’une haie est même plus riche que celle d’une forêt »

Yann Gouez, chargé de mission bocage et biodiversité

Une multitude d’essences 

Nathan Crouzet a fait le choix de planter différentes essences :  des cormiers, des chênes sessiles, des châtaigniers, des merisiers, des pêchers, des noisetiers « et d’autres variétés qui pourront supporter un monde à plus 4°C », lâche-t-il sans la moindre ironie. « Car, on ne sait pas de quel climat demain sera fait ». Comme recommandé par les experts en agro-foresterie, Nathan Crouzet souhaite planter différentes strates : « des arbres qui pourront atteindre plusieurs dizaines de mètres et des végétaux plus petits« . Tous les plants proviennent d’une pépinière à Goven, au sud de Rennes. L’expert invite d’ailleurs à miser sur des espèces locales mais aussi sur la diversité génétique des plants à l’avenir.

Cette année encore, Nathan a passé une commande à son pépiniériste. Car, entre Noël et le nouvel an, il invite ceux qui le souhaitent à venir planter la troisième haie de 500 mètres. L’objectif ? « atteindre les deux kilomètres avant 2025 ». Nathan a lancé un appel à bénévoles sur Facebook. Il espère qu’une quinzaine de personnes répondront à l’annonce. 

Retrouvez ici, l’interview que nous avons réalisé de Nicolas Legendre, prix Albert Londres pour son livre « Silence dans les champs », qui évoque aussi les atouts majeurs des haies dans l’agriculture de demain.

      #L’INFO DE L’EXPERT : Des programmes pour planter et préserver les haies 

 
Yann Gouez, technicien bocage au Syndicat des eaux du bas Léon, accompagne les agriculteurs dans la plantation et la gestion des haies bocagères. Il connait les aides qui encouragent cette démarche.

Il travaille notamment avec le programme Breizh Bocage : ouvert à toute la Bretagne. Ce dernier subventionne de 80 à 100 % les travaux effectués par les agriculteurs en faveur de la création de haies bocagères. De 2016 à aujourd’hui, plus de 310 kilomètres de haies ont été plantés grâce à cette aide, soit 100 000 arbres. 

Par ailleurs, pour soutenir les actions de plantation, d’autres programmes à l’échelle nationale existent comme le Fonds pour l’Arbre ou le Pacte en faveur de la haie.

À l’échelle locale, le Plan 500 000 arbres dans la Finistère, le Plan Arbre de la Région Bretagne, financent eux aussi des projets bocagers.

« C’est bien de planter, mais il faut aussi pérenniser l’existant », insiste Yann Gouez. Pour cela, d’autres programmes existent tels que le Label Haie qui définit avec précision les principes de gestion durable des haies bocagères, traduit en indicateurs de certification.

 

Adèle CHARRIER

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