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Décarboner les trajets : les entreprises aident leurs salariés

Tristan Brisset a investi dans des vélos-cargos de fonction pour son entreprise Essences Bois, basée à Morlaix (@Essences Bois).

 

 
  • Les Journées régionales de la mobilité décarbonée auront lieu les 4 et 5 avril à la Gacilly
 
 
  • Les acteurs échangeront sur les pratiques pour réduire les émissions des déplacements des salariés
 
 
  • Bus, covoiturage, navette, vélo de fonction… de nombreuses solutions s’offrent aux entreprises 
 
 
 

La Gacilly accueillera la première édition des Journées régionales de la mobilité décarbonée, les 4 et 5 avril. Lors du salon, de nombreux acteurs bretons seront présents. À MAPInfo nous avons décidé de mettre un coup de projecteur sur les entreprises qui mettent en place des solutions pour décarboner les déplacements de leurs salariés. Car, bus, covoiturage, vélo : les options sont nombreuses. 

Des déplacements professionnels polluants 

Les trajets des salariés sont aujourd’hui un des principaux facteurs des émissions carbone d’une entreprise. En effet, selon l’Insee, 74 % des actifs utilisent leurs voitures pour se rendre au travail. Les déplacements professionnels représentent 13 % des émissions de GES (gaz à effet de serre) des transports en France, soit 17,4 millions de tonnes d’équivalent CO2, dont 98 % sont dus à l’usage de la voiture (Étude de l’Insee, 2019). Face à ce constat, de nombreuses entreprises mettent en place des solutions pour décarboner les déplacements de leurs salariés. 

Pour les déplacements de ses salariés, la Belle-Iloise affrète un bus au départ d'Auray pour relier son usine à Quiberon.

Des navettes vers les sites industriels 

C’est le cas de la Conserverie La Belle-Iloise. Depuis juillet 2022, l’entreprise affrète une navette pour ses salariés lors des saisons du maquereau (mi-janvier à mi-mars) et de la sardine (mi-mai à début novembre). Tous les matins, le bus de 20 places part de la gare d’Auray en passant par Plouharnel pour rejoindre le site de production situé à Quiberon. « Pratique », « moins fatiguant », « intéressant financièrement », c’est ainsi que décrivent les collaborateurs qui la prennent régulièrement. « On s’est rendu compte que de plus en plus de saisonniers n’étaient pas véhiculés ou qu’ils n’avaient pas le permis », explique Claudie Jan, directrice des ressources humaines. 

En plus de désengorger le flux de véhicules qui se rendent sur la presqu’île – et de limiter les rejets de carburant – ce dispositif est un atout face aux difficultés de recrutement. « Certaines personnes qui avaient trouvé un travail plus près de leur domicile, reviennent même chez nous car financièrement elles y gagnent », souligne Claudie Jan. Sans compter les heures de passage qui sont calquées sur les horaires de production, dont la liaison est assurée par les transports Morio. En plus de la navette, pour encourager les salariés à décarboner leurs déplacements, l’entreprise a mis en place un forfait de mobilité durable avec des indemnités pour les salariés qui utilisent leur vélo et ceux qui pratiquent le covoiturage. 

« Les entreprises sont génératrices de déplacements et elles ont de plus en plus conscience de leur impact »

Guylaine Davenet, cheffe de projet employeurs chez Ehop

 

« Lever les freins au covoiturage »

Ehop lève les freins au covoiturage (@Ehop).

Le covoiturage reste l’une des options les plus simples pour réduire l’empreinte carbone des trajets sur des distances de quelques kilomètres. « Mais elle est encore sous-utilisée », estime Guylaine Davenet, cheffe de projet employeurs chez Ehop. L’association, qui existe depuis plus de 20 ans, accompagne les changements de pratique au niveau du covoiturage. « On sait que les outils numériques ne suffisent pas pour faire décoller massivement le covoit », explique Guylaine Davenet. En effet, selon l’Observatoire national du covoiturage, les trajets réalisés grâce aux plateformes représentent 3% des trajets covoiturés

Ce qu’il faut c’est « lever les freins, faire sauter les représentations, interpeller pour montrer qu’il existe des solutions face aux contraintes ». Pour ce faire, l’association anime des ateliers, établit des diagnostics, des enquêtes, met en place des mesures incitatives, en partenariat avec des entreprises et collectivités bretonnes. Le but était de « massifier le covoiturage » et de « créer des dynamiques au sein des zones d’activités, pour que les gens qui habitent à côté se rencontrent et qu’ils se mettent à covoiturer ». « Les entreprises sont génératrices de déplacements et elles ont de plus en plus conscience de leur impact ». À titre d’exemple, 481 salariés de l’entreprise Cité Marine, qui compte 1300 salariés, ont trouvé une solution pour covoiturer, grâce à Ehop depuis 2017. 

Des vélos de fonction 

D’autres sociétés choisissent de mettre des vélos de fonction à disposition de leurs salariés. C’est le cas de d’Essences Bois, une entreprise de 7 salariés, basée à Morlaix, qui a pris ce virage dès 2018. « C’était une façon d’harmoniser mes convictions personnelles et le travail », explique Tristan Brisset, le gérant. « Jusque-là, une fois que l’on avait approvisionné les matériaux sur le chantier, on continuait à se déplacer à deux dans un véhicule de 12 m3, qui fait presque 2 tonnes et qui consomme du 10 litres au 100 kilomètres, ce n’était pas cohérent ». 

Tristan Brisset transporte son matériel dans sa caisse lorsqu'il se rend sur un chantier (crédit : @Franck Betermin).
Les professionnels troquent la camionnette pour le vélo, découvrez notre article sur les initiatives rennaises 

Tristan Brisset a donc investi dans un vélo en leasing, puis deux.. Aujourd’hui la société compte 4 vélos-cargos à assistance électrique. « Ils servent à se déplacer sur les chantiers à 30 minutes (ou moins) de l’atelier. La caisse permet de transporter du matériel , ou les enfants le soir ». Selon ses calculs, en 2021, 75 % des déplacements de l’entreprise s’opéraient à vélo. Tristan Brisset n’y voit que des avantages. « Ça fait gagner du temps et c’est plus simple pour le stationnement et on s’entretient, plus besoin de s’enfermer dans une salle de sport », sourit-il. « C’est aussi un sas de décompression avant de rentrer à l’atelier. On renoue avec la sensation des éléments sur notre peau, avec plus d’interactions sociales ». 

C’est également le cas du Crédit Agricole, dont nous avions parlé en févrierLa banque coopérative avait mis à disposition de ses collaborateurs des vélos à assistance électrique. Le deal était qu’ils parcourent minimum 50 trajets domicile-travail par an.

Adèle CHARRIER

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