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Campus Vert : les agriculteurs hébergent les étudiants

Chantal Perrudin a renové d'anciennes étables dans sa ferme pour y faire des appatements. Elle accueille 5 étudiants dont Alex, un jeune menuisier de 18 ans, grâce au concept de Campus Vert.

 

  • L’association Campus Vert permet à des agriculteurs d’héberger des étudiants 
 
  • En aménageant des appartements dans des bâtiments inutilisés de leur ferme
 
  •  Ce qui leur confère une source de revenu supplémentaire et offre aux étudiants des conditions de travail de qualité
 
 
 

Face à la détresse du monde agricole et dans un contexte de pénurie de logement, des initiatives positives méritent d’être remises au goût du jour. C’est le cas de l’association Campus Vert qui met en relation des étudiants et des agriculteurs. Ces derniers aménagent des studios dans d’anciens bâtiments de leur corps de ferme, pour loger des étudiants à la campagne. Le concept, né en 1995 à Béthune, a conquis les campagnes françaises, mais « pourrait être développé davantage », d’après Chantal Perrudin, qui héberge avec Christophe son mari, cinq étudiants à Vignoc (Ille-et-Vilaine). Reportage.

Un cadre de travail de qualité

Quand Alex Pasquereau, 18 ans, charpentier en alternance, regagne son appartement étudiant, il n’entend pas ses voisins derrière la cloison ou les bruits d’une rue très passante. Il écoute les oiseaux et les sons de la nature. Contrairement à la majorité des étudiants français, Alex a fait le choix d’habiter à la campagne pendant ses études. « C’est plus calme pour travailler. Cet été je pourrai dessiner mes plans dehors et je suis à deux pas de mon alternance qui est située à Vignoc », s’enthousiasme l’apprenti charpentier. Son souhait a pu être exaucé grâce à l’association Campus Vert.

Le concept est simple : L’association met en relation des agriculteurs et des étudiants. Les paysans sont invités à rénover d’anciens bâtiments de leur ferme, en les aménageant en appartements, pour les louer à des jeunes étudiants. Ces derniers bénéficient d’un cadre de travail de qualité. 

Alex Pasquereau bénéficie d'un cadre de travail de qualité à la ferme, avec un grand bureau.

Assurer un revenu à l’agriculteur 

C’est ainsi que Chantal Perrudin, 58 ans, et Christophe son mari, producteurs de volaille et de cultures céréalières, ont réaménagé d’anciennes étables pour y aménager cinq studios, « deux de 40 mètres carrés et trois de 35 mètres carrés ». Alex habite l’un de ces appartements, qui contient une kitchenette, une salle de bain, une petite pièce de vie et une grande mezzanine avec un lit et un bureau. Il leur paie un loyer de 383 euros par mois. « J’ai de l’espace et c’est bien moins cher que ce que j’aurais pu trouver à Rennes », reconnaît-il. Le Campus Vert met d’ailleurs l’accent sur des pratiques de prix raisonnables et un niveau de qualité élevé pour les locataires. Ce système assure un complément de revenu pour l’agriculteur – appréciable surtout lorsqu’on sait que les activités à la ferme sont parfois peu rémunératrices

« Avec l’évolution de l’agriculture, nous avons des espaces qui ne sont plus utilisés, d’où l’intérêt de les transformer en hébergement pour les jeunes » 
Chantal Perrudin, agricultrice, adhérente du Campus Vert.

Valoriser le patrimoine rural et désengorger le marché locatif 

Mais il permet aussi de valoriser et de sauvegarder le patrimoine rural. « Avec l’évolution de l’agriculture, nous avons des espaces qui ne sont plus utilisés comme les étables, d’où l’intérêt de les transformer en hébergement pour les jeunes », explique Chantal Perrudin. Alors quand l’agricultrice a découvert le concept de Campus vert dans une émission, elle n’a pas hésité une seconde. « Nous avons accueilli les premiers étudiants en 2007 », se souvient-elle. 

Elle regrette toutefois que l’offre ne soit pas plus développée à l’échelle du département. « Seule une trentaine d’appartements sont proposés autour de Rennes, alors que nous recevons énormément de demandes sur le site de Campus Vert ». Elle aimerait que ses confrères s’y mettent à leur tour. « En campagne, nous avons tout un patrimoine inoccupé, des bâtisses qui tombent en ruine, alors qu’à côté on continue d’artificialiser des terres agricoles pour y construire des immeubles, c’est absurde non ? « , s’interroge l’agricultrice. La solution a également l’avantage de pouvoir désengorger le marché locatif, très concentré au niveau de la métropole rennaise, mais aussi de dynamiser les territoires péri-urbains. « Nous sommes à 15 minutes en voiture de Villejean-Université », calcule-t-elle. Alex est du même avis. « C’est difficile de trouver un appart. Moi j’ai découvert le concept grâce à mon employeur, mais ça mérite d’être connu davantage ». 

Créer du lien

Campus Vert permet aussi de créer du lien social, en favorisant les rencontres entre deux mondes qui ne sont, à priori, pas destinés à se rencontrer. « C’est plus qu’un échange de propriétaire à locataire », insiste Chantal. « On veut garder un lien ». « Certains jeunes c’est la première fois qu’ils partent de la maison. Leurs parents apprécient savoir que nous ne sommes pas loin s’il y a un souci ». 

Les notions de cohésion, de convivialité, d’entraide, guident l’initiative. « Christophe est déjà venu m’apporter des oeufs », rapporte Alex. « Et l’été, nous organisons des apéros avec les locataires », poursuit Chantal. « Les jeunes peuvent même se baigner dans la piscine lorsqu’il n’y a pas de vacanciers (car le couple possède, en plus des 5 appartements, un gîte à la ferme, NDLR). Les étudiants peuvent même donner un coup de main à la ferme, s’ils le souhaitent. « C’est déjà arrivé », se rappelle Chantal. 

Dans son logement de 35 m2, Alex Pasquereau dispose d'une petite kitchenette.

Comment procéder ? 

Pour les intéressés, agriculteurs ou étudiants, la démarche est très simple. « C’est le Campus Vert qui gère toute la partie administrative », assure Chantal. Les étudiants doivent remplir un dossier via la plateforme avec un certain nombre de pièces justificatives, comme pour constituer un bail classique. Le choix du locataire revient à l’agriculteur. Avant d’entrer dans les lieux, les frais de dossier sont d’une quarantaine d’euros, « bien moins cher que ceux pratiqués en agence », rappelle Chantal. Le logement est meublé donc les étudiants bénéficient d’un préavis d’un mois sur leur bail.

Adèle CHARRIER

Baguettes arrondies collées sur les angles, rails destinés à porter des fauteuils… Dans cet immeuble, tout a été conçu pour s’adapter aux personnes en situation de handicap.

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